Chapitre 3

Written by admin août 26th, 2011

A Londres, les cuisiniers préparent aussi le repas. L’un des ministres a proposé de mettre au menu des cuisses de grenouille arrosées de sauces à la bière. « C’est très fin [...]

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A Londres, les cuisiniers préparent aussi le repas. L’un des ministres a proposé de mettre au menu des cuisses de grenouille arrosées de sauces à la bière. « C’est très fin sous la langue, et puis quand je pense où cela finit, cela m’arrache toujours un sourire, même quand ma goutte me poursuit », avait commenté ce très francophile britannique. Il aura fallu que le cabinet du Premier ministre intervienne pour que l’idée soit abandonnée pour ne pas gêner l’invité quasi-permanent qui se trouve ici, Jean Monnet. L’homme se débat pour arracher un soutien plus inconditionnel des Anglais à la France. Si Churchill adhère pleinement jusqu’à proposer l’union franco-britannique qui attend la décision française pour aboutir, d’autres ne sont pas du même avis. Lord Halifax, par exemple, le ministre des affaires étrangères, est bien tenté de négocier une paix séparée avec l’Allemagne. Elle aurait le mérite de sauver la vie de milliers d’hommes, peut-être de millions. Tous s’attendent à des attaques massives de l’aviation allemande dont le mythe qui la précède écrase déjà sous son poids les défenses anglaises. Hitler serait prêt, semble-t-il à accorder à l’Angleterre cette paix des braves. Entre lui et la France, c’est une histoire d’honneur. Le petit caporal qu’il était n’avait pas aimé l’humiliation de son pays vingt ans plus tôt à Versailles. Il a juré de se venger. Maintenant qu’il en a les moyens, grâce à un opportunisme politique sans commun, il le réalise. Avec la Grande-Bretagne, son histoire est moins compliquée. Il respecte les Anglais, même s’il s’exaspère de voir la City commandée par les juifs. Surtout, la mise au pas de la France lui suffit d’un point de vue stratégique. Ses regards se dirigent vers l’URSS. Pour cela il a besoin de ses divisions engagées sur le front occidental.

A Londres, l’idée a fait son chemin et il a fallu toute la ruse de Churchill pour aboutir à cette révolution constitutionnelle proposée à la France : ne faire de ces deux pays qu’un seul et même pays. Le texte est de ce point de vue d’une clarté printanière.

« À l’heure de péril où se décide la destinée du monde moderne, les gouvernements de la République Française et du Royaume-Uni font cette déclaration d’Union indissoluble et proclament leur inébranlable résolution de continuer à défendre la Justice et la Liberté contre l’asservissement à un régime qui abaisse l’homme à vivre une vie d’automate et d’esclave. Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande-Bretagne ne sont plus désormais deux nations, mais une Union franco-britannique. La Constitution de l’Union instituera des organes communs, pour la défense et la direction de la politique extérieure. Chaque citoyen français jouira immédiatement de la nationalité britannique, chaque sujet anglais deviendra citoyen français. Les deux pays porteront ensemble la charge de réparer les dévastations de la guerre en quelque point de leur territoire qu’elles aient eu lieu, et leurs ressources communes serviront également à cette réparation. Pendant la guerre, il n’y aura qu’un seul cabinet de guerre et toutes les forces de l’Angleterre et de la France, sur terre, sur mer et dans les airs, seront placées sous sa direction. Le cabinet gouvernera d’où il pourra. Les deux Parlements seront formellement associés. Les nations de l’Empire Britannique forment déjà de nouvelles armées et la France maintiendra ses forces sur terre, sur mer et dans l’air. L’Union fait appel aux États-Unis pour qu’ils renforcent les ressources économiques des Alliés et pour qu’ils apportent leur puissante aide matérielle à la cause commune. L’Union concentrera toutes ses énergies contre la puissance de l’ennemi en quelque lieu que la bataille se poursuive. Et ainsi nous vaincrons. » (cf notes)

Pour Churchill, francophile fervent, la défaite française est inconcevable et ne serait en aucun cas annonciatrice du triomphe de la Grande-Bretagne sur son éternel adversaire. Derrière les épaisses volutes de son cigare, qui cachent ses lourdes paupières, ceux qui connaissent bien le Premier ministre anglais peuvent même apercevoir un soupçon d’inquiétude plus prégnant que d’habitude. Sur les épaules de cet homme repose le salut des démocraties européennes et tout porte à croire que la charge est un peu trop grande pour lui. Non pas par une absence de courage, il en a à revendre, et surtout ne s’avoue jamais vaincu. Mais les nouvelles sont mauvaises de partout. La recrudescence des messages cryptés captés par les alliés montrent que l’aviation allemande prépare une offensive d’envergure. Elle se dirige clairement vers la Grande-Bretagne. Or les défenses aériennes du Royaume-Uni ne sont pas encore pleinement installées, et les équipages de la RAF accusent des déficits inquiétants. Les sujets du roi ne le savent pas mais leur pays vacille. En Orient, les Japonais montrent des velléités belliqueuses de plus en plus fortes. L’empire du soleil levant manque de ressources naturelles pour assurer son développement. Il ira bien les chercher quelque part. Et ce quelque part ne peut-être qu’anglais. En Inde, en Australie, en Birmanie… le temps approche où l’Angleterre aura deux fronts majeurs à défendre. Churchill le sait. Comme il sait que dans l’empire, les peuples autochtones, notamment ceux qui ne sont pas d’origines européennes, tonnent et recherchent leur indépendance. Certes les contingents indiens, qui fournissent une quantité d’hommes incroyable, se révèlent fiables, fidèles et bien formés. Mais combien de temps se battront-ils encore pour une mère-patrie qui leur demande beaucoup et leur donne peu. La guerre pacifique menée par Gandhi et ses amis constitue un travail de sape qui supposera qu’un jour une solution soit apportée à ce problème.

Churchill est en pleine discussion avec Jean Monnet. Si le britannique joue parfois de sa supposée incompréhension de la langue de Molière pour éviter de répondre aux questions qui fâchent, c’est en français qu’il parle en ce moment avec le diplomate. Celui-ci lui répond parfois en anglais, une langue qu’il maîtrise complètement, autant qu’il connaît les subtilités de la civilisation britannique. Derrière ses lunettes rondes, Monnet n’est pas peu fier de son coup. C’est lui qui dans les antichambres du pouvoir a su convaincre le conservateur d’accepter le projet d’union franco-britannique. Car Monnet ne se résout pas à la défaite de son pays et multiplie les démarches pour, sinon l’empêcher, au moins la retarder le plus longtemps possible. Il a travaillé au corps les anglais, dont la plupart sont réticents à l’idée même de discuter cette proposition, sans parler de l’accepter. S’il a su convaincre, c’est en raison de sa proximité avec le maître des lieux avec qui il partage la clairvoyance des grands dirigeants, eux préparent le monde des décennies à venir quand d’autres traitent de la société de l’instant avec toute la médiocrité qui parfois l’accompagne, et surtout en réussissant à montrer les avantages pour les anglais à un tel accord, win-win, gagnant-gagnant.

Alors qu’il referme la porte de la salle de réunions après avoir servi du thé, un domestique entend les propos du Premier ministre sans bien saisir toute leur importance.

- Attendre, encore attendre. Quand est-ce que vos dirigeants comprendront que pendant une guerre, on agit d’abord, et on réfléchit ensuite.


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